LINGUISTIQUE ET PSYCHANALYSE


LINGUISTIQUE ET PSYCHANALYSE
LINGUISTIQUE ET PSYCHANALYSE

La question des rapports entre la psychanalyse et la linguistique est compliquée par deux facteurs. D’une part, ces rapports ont évolué; ils ont en effet été si profondément transformés par l’œuvre de Jacques Lacan qu’on peut parler à cet égard de coupure. D’autre part, ces rapports ne sauraient se ramener à un type unique. En fait, il convient de distinguer quatre questions: la question de la psychanalyse et de son rapport à un phénomène qu’on appelle le langage ; la question de la psychanalyse et de son rapport à une science qui prend pour objet tout ou partie du phénomène langage et qu’on convient d’appeler la linguistique; la question de la science linguistique et de son rapport aux données mises au jour par la psychanalyse – en résumé: la question des rapports entre la linguistique et l’inconscient; la question de la science linguistique et de son rapport à la théorie de la psychanalyse.

1. La psychanalyse et le langage

Le langage, comme phénomène, peut être envisagé de deux points de vue: ou bien on le considère seulement comme l’ensemble des langues naturelles, en sorte que ce sont ces dernières avec leurs particularités substantielles ou formelles qui importent, ou bien on le considère comme un objet unitaire, avec ses propriétés générales (substantielles ou formelles).

La psychanalyse et les langues particulières

La psychanalyse et la substance des langues

Cette question concerne la manière dont l’objet et le domaine de la psychanalyse peuvent être affectés par l’existence de telle ou telle donnée de langue; ainsi, on demandera dans quelle mesure la psychanalyse a à tenir compte dans sa pratique et dans sa théorie de données telles que la diversité des langues, les phénomènes de traduction, la morphologie, le lexique, la syntaxe d’une langue particulière. La littérature psychanalytique abonde d’exemples où de telles données se sont révélées pertinentes, tant chez les freudiens de la première génération (on peut notamment citer Karl Abraham et Theodor Reik) que dans les travaux plus récents, marqués par l’enseignement de Jacques Lacan. On sait généralement que la psychanalyse s’appuie de manière décisive sur ce qui se dit dans la séance; or ce dire s’effectue en langue et se trouve nécessairement structuré par les diverses règles de chaque langue particulière. On en déduit naturellement que telle ou telle donnée substantielle tirée des langues telles qu’elles sont est une donnée dont la psychanalyse, dans sa pratique ou dans sa théorie, peut et doit tenir compte.

On peut plus particulièrement noter ceci: en tant qu’elles ont une substance, les langues peuvent donner lieu, sur tel ou tel point, à des investissements imaginaires. Au maximum, cela constitue le fondement de ce qu’on appelle communément le style et qui, pour l’ordinaire, relève plus du moi que du sujet. Au minimum, on peut mentionner le vaste ensemble des «superstitions» linguistiques: en français, par exemple, le genre grammatical des noms n’est pas sans affecter la représentation imaginaire qu’un sujet peut se former de la différence des sexes. De même, le fait qu’on dénomme «passif» les structures du type «un enfant est battu» peut éventuellement affecter la verbalisation de tel ou tel symptôme, etc. De ce point de vue, on peut songer à la manière dont les propriétés matérielles des objets du monde (par exemple, l’anatomie et la physiologie du corps humain) se prêtent à investissement. La linguistique joue alors le rôle d’une science qui établit les propriétés matérielles d’un objet particulier – au même titre que les sciences anatomique ou physiologique le font pour le corps. Elle est donc prise comme une discipline capable de fournir des informations dignes de confiance sur son objet. On peut parler dans ce cas d’un rapport encyclopédique .

Il convient cependant d’émettre deux réserves. D’une part, la linguistique n’est pas seule à s’occuper du langage et des langues (la grammaire notamment subsiste à ses côtés), et la psychanalyse ne s’est pas toujours adressée à la linguistique pour recueillir des informations. D’autre part, il n’est pas certain que la linguistique ait à traiter de tous les phénomènes qui relèvent du langage. On sait en particulier que Saussure avait exclu de son champ tout ce qui relevait de la parole, comme lieu d’émergence du sujet. Or, et c’est la première thèse du Rapport de Rome de Jacques Lacan, si l’on prend la parole au sens saussurien, c’est elle précisément qui détermine le domaine où s’exerce la psychanalyse. Il s’ensuit que les dimensions du langage qui importent le plus à la psychanalyse sont justement celles que la linguistique ne traite pas. Dans la mesure donc où le langage importe à la psychanalyse, celle-ci se constitue proprement aux limites de la linguistique – étant admis cependant que, à dire limite, on dit aussi contact constant. Lacan avait forgé le mot linguisterie pour désigner ce rapport de proximité incessante et d’hétérogénéité absolue (cf. Encore ).

La psychanalyse et la forme des langues

Il arrive que telle ou telle donnée de langue permette de proposer une analogie structurale éclairant le fonctionnement des processus inconscients. Ainsi, dans L’Interprétation des rêves , le terme «interprétation» (Deutung ) relève de la philologie. Cela ne veut pas dire qu’aux yeux de Freud le rêve soit à proprement parler une langue, mais que son fonctionnement est analogue par certains traits essentiels à celui d’une langue. Il est vrai que la relation demeure ici générale; plus tard, l’analogie se fait plus stricte et autorise même un modèle d’investigation: en faisant fonctionner de manière presque mécanique un domaine strictement délimité de la langue allemande, Freud construit exhaustivement un ensemble de formations de l’inconscient. Ainsi, les diverses manières de contredire la phrase «moi (un homme), je l’aime (lui, un homme)» permettent d’engendrer les principales formes de la paranoïa; dans cette génération formelle, Freud s’appuie explicitement sur une analyse strictement grammaticale du type sujet-verbe-objet («Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa [Dementia paranoides ]»). On trouve des procédures semblables touchant le fantasme de l’enfant battu («Un enfant est battu»), pour l’analyse de la pulsion scopique (qui repose essentiellement sur la symétrie de langue entre «regarder» et «être regardé»; cf. «Pulsion et destin des pulsions»). De façon plus générale, on peut noter que ces analogies mettent spécialement en cause deux notions venues de l’étude des langues: l’opposition actif/passif d’une part, et la notion de phrase d’autre part.

On sait combien l’opposition actif/passif joue un rôle important dans la construction freudienne. En dehors même des exemples que nous avons cités, elle fonde un très grand nombre de concepts essentiels de la théorie. Or cette opposition ne se laisse bien définir que dans certaines traditions grammaticales. Tout usage qui peut en être fait repose donc en dernière instance sur une analogie avec des langues particulières. Quant à la notion de phrase, prise dans sa généralité, elle semble elle aussi fonder des analogies décisives dans la théorie freudienne, notamment à propos du fantasme. Ramener le fantasme à la forme d’une phrase simple du type sujet-verbe-complément, tel est le but que doit apparemment se proposer l’analyse. La notion de phrase, il est vrai, pourrait paraître une facilité d’exposition sans conséquences. Mais, en fait, toute notion grammaticale, si élémentaire qu’elle soit, sténographie, touchant les langues naturelles, un ensemble de propositions théoriques dont aucune n’est triviale; la notion de phrase ne fait pas exception. Que la psychanalyse ait pu, sans être directement démentie par les données, imposer à son modèle théorique une contrainte du type: «tout fantasme a la structure d’une phrase», cela suppose donc une analogie structurale profonde.

Les langues comme observatoire de l’inconscient

Qu’il s’agisse de forme ou de substance, Freud recourt souvent aux données de langue pour garantir la psychanalyse, conçue comme une science empirique. En effet, du point de vue de Freud (rappelons qu’il est contemporain de Mach), tout concept de la psychanalyse peut et doit être considéré comme le sténogramme d’un certain nombre de propositions empiriques élémentaires, traitant de données d’observation. Mais quelles sont les données d’observation? Elles sont tirées du rêve, de la vie quotidienne, des cas. La question se pose alors: dans quelle mesure ces données sont-elles indépendantes de la supposition même que la psychanalyse est possible et nécessaire? Le plus souvent, la réponse est claire: les données empiriques qui sont censées appuyer la validité de la psychanalyse sont obtenues par la pratique analytique elle-même.

Cette situation n’a rien que d’ordinaire; considérons la physique: elle se fonde sur des expériences, mais toute expérience est en réalité construite et la construction de toute expérience suppose une physique minimale. On échappe à la circularité en établissant des indépendances locales: ainsi, l’astronomie est fondée sur la lunette astronomique; la lunette est fondée sur l’optique, laquelle fait partie de la physique en général, mais ne dépend pas de l’astronomie. Cette indépendance locale définit ce qu’on peut appeler l’instance de l’observatoire . Il est clair que Freud a cherché inlassablement de tels observatoires; les données de langue, entre autres, lui en fournissent. Témoins le lapsus et le mot d’esprit, mais aussi les sens opposés dans les mots primitifs, tels que les avait décrits le linguiste et égyptologue Karl Abel.

À partir de l’étude du rêve, Freud avait été amené à avancer que l’inconscient ne connaissait pas la contradiction. Il ne faut pas minimiser le caractère exorbitant que prenait cette proposition: alors que l’inconscient est fondamentalement défini par Freud comme un ensemble de pensées, cette proposition revient en effet à excepter les processus primaires d’une loi fondamentale de la pensée. Il était donc urgent d’établir si l’on ne pouvait pas corroborer par des voies indépendantes une hypothèse aussi forte. Or, c’est ce que permet l’étude d’Abel. Si celui-ci a raison, en effet, l’observation du langage confirme, indépendamment de l’existence de la psychanalyse, que le principe de contradiction peut n’être pas toujours valide dans la pensée.

Ajoutons que Freud promeut une conception chronologique de l’inconscient; l’inconscient du sujet est déterminé par son passé individuel. Or les langues sont elles aussi issues d’un passé et notamment les mots qui les constituent ont une longue histoire, aussi oubliée des sujets parlants que peuvent être oubliés certains épisodes de leur enfance; dès lors, le processus de formation des mots peut être supposé jeter une lumière sur ce passé, antérieur à toute mémoire et aujourd’hui inaccessible. Les langues (et spécialement une langue ancienne telle que l’égyptien) sont alors comme des sédimentations géologiques où l’on trouverait, fossilisées, les traces de ce qui a été. Dans ce cas, la description d’une donnée de langue permet l’accès à un fonctionnement méconnu, analogue ou même identique au fonctionnement inconscient.

Il y a là, il est vrai, une large part d’illusion. Les langues dites anciennes n’ont pas de propriétés structurales qui les distinguent des langues modernes; de ce fait, les premières ne révèlent rien de spécifique par rapport aux secondes. Ainsi, le phénomène des sens opposés existe certainement; il est vrai que les exemples de Freud, repris de K. Abel, sont généralement erronés, comme l’a souligné Émile Benveniste, mais il en est d’autres plus assurés: ils appartiennent autant aux langues modernes qu’aux langues anciennes. Le phénomène n’a donc rien de spécialement primitif, et s’il éclaire quelque chose des processus inconscients, ce n’est pas en tant qu’il témoignerait d’un passé de l’humanité. De façon plus générale, les données touchant l’étymologie peuvent donner matière à réflexion à la psychanalyse. Mais ni plus ni moins que ne le font des données synchroniques. Pour bien comprendre la relation qui peut alors s’établir entre les données de langue et la psychanalyse, il peut être utile de songer à la manière dont la psychanalyse s’appuie sur les œuvres littéraires ou les œuvres d’art. Les grandes figures du freudisme ont, on le sait, toujours pris au sérieux de tels témoignages. Ce n’était pas, malgré ce qu’en dit Freud, pour développer une «psychanalyse appliquée»; c’est en sens inverse pour traiter telle facette d’une œuvre comme une analyse en acte. Pour Freud et Lacan, le psychanalyste n’a pas à interpréter Shakespeare ou Molière; il a à tenir que Shakespeare et Molière interprètent. De la même manière, exactement, il peut arriver que la langue prise en elle-même puisse, par l’une ou l’autre de ses singularités – une étymologie, un paradoxe sémantique, une homophonie, etc. –, interpréter le sujet parlant; la prise de l’analyse consiste seulement à entendre et à faire entendre cette interprétation.

Ainsi s’expliquent au reste certains caractères de l’intervention analytique dans ce domaine. En particulier, la forme où l’interprétation se déploie est typiquement celle du détail. Cela se conçoit aisément: qui dit interprétation dit émergence du sujet, et l’on sait que la temporalité de cette émergence est l’instant, comme sa spatialité est le point. Si donc l’œuvre d’art interprète, c’est par quelque détail isolable et singulier – le mouvement du Moïse de Michel-Ange, le drapé de la sainte Anne de Léonard de Vinci, le dernier vers de Booz endormi , etc. – et si la langue interprète, c’est aussi par quelque détail isolable et singulier. Freud s’attache par exemple à l’adjectif unheimlich – donnée lexicale mineure et non généralisable – pour faire entendre que, sur ce point, occasionnellement, de manière contingente, par son réel singulier, la langue allemande interprète le sujet parlant («L’Inquiétante étrangeté»). De la même manière, Jacques Lacan s’attache à des minuties de la langue française: l’emploi de l’article défini ou indéfini, la forme du pronom attributif (je le suis et non je la suis ), l’usage du terme la bourgeoise pour désigner l’épouse, telle ou telle homophonie, etc.

Il va de soi que la linguistique ne saurait fonctionner dans la forme du détail singulier – si même il arrive qu’elle doive raisonner sur des indices ténus. Le contraste entre linguistique et psychanalyse est donc ici flagrant.

La psychanalyse et le langage comme phénomène unitaire

Si l’on considère que, par-delà la diversité des langues, il existe un objet unitaire, défini par des propriétés (de substance et de forme) qu’on appelle le langage, on peut s’interroger sur la relation que cet objet entretient avec l’objet de la psychanalyse. Sur ce point, la coupure lacanienne est radicale: «Le langage est la condition de l’inconscient» («L’Étourdit», p. 45). Autrement dit, seul l’être parlant est passible d’inconscient.

On pourrait croire que là réside la clé du rapport entre psychanalyse et linguistique. Cette dernière n’est-elle pas la science qui a constitué le langage comme objet au-delà des langues et qui en propose une représentation réglée? Pourtant, il n’en est rien: en tant qu’il détermine de manière décisive l’existence de l’inconscient, le langage n’est pas, aux yeux de Jacques Lacan, ce qui est saisi par la science linguistique. Et si la linguistique, comme science, importe à la psychanalyse, ce n’est pas en tant qu’elle saisirait l’essentiel du phénomène langage.

2. Rapport méthodologique de la psychanalyse à la science linguistique

Un fait est frappant: alors que Freud marque un intérêt pour l’ensemble des sciences dites humaines, alors que, d’autre part, il est amené à s’occuper des données de langue et même à construire à partir d’elles des analogies méthodologiques importantes, la linguistique comme telle n’est pas mentionnée par lui. Il faut être clair: la psychanalyse freudienne construit entre l’inconscient et le langage un réseau serré de connexions, mais elle le construit dans la plus grande ignorance de la linguistique. C’est au reste sur ce point que la coupure instituée par Jacques Lacan a entraîné les effets les plus visibles. On peut les résumer ainsi: la question des rapports entre la psychanalyse et le phénomène langage se pose dès les premiers travaux de Freud; la question des rapports entre la psychanalyse et la science du langage n’a pas de contenu avant Jacques Lacan.

L’étrangeté de la position de Freud

L’indifférence de Freud à l’égard de la linguistique est paradoxale. Après tout, il est contemporain de la plus grande efflorescence de la science linguistique européenne: qu’on songe à Saussure, Meillet, Troubetzkoy, Jakobson, etc. On peut admettre que, avant 1914, Freud ait pu ignorer ce qui se passait en linguistique en France et en Suisse et qui était assez peu connu; on peut admettre qu’ensuite les ruptures causées par la guerre l’aient détourné de ce qui se passait hors des milieux de langue allemande, et notamment à Prague et à Paris. Mais, compte tenu de tout cela, il n’en reste pas moins que la linguistique allemande, sous la forme de la grammaire comparée, avait connu à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle un développement éclatant. Or, à bien des égards, la grammaire comparée croise des intérêts que l’on sait fort vifs chez Freud: l’archéologie, l’anthropologie, la méthode de la conjecture fondée sur la lettre, etc. Tout cela s’écrivait dans des langues accessibles à Freud. Tout cela concernait des langues que Freud pratiquait ou avec lesquelles il pouvait aisément se rendre familier. Mais non: pas une référence; Freud préfère s’adresser à des marginaux (Abel) ou à une philologie dépassée (le dictionnaire de Grimm). Il ne nous appartient pas de proposer une explication. Faut-il supposer que la grammaire comparée indo-européenne repoussait Freud, parce qu’elle construisait l’image d’une humanité ancienne où le judaïsme n’avait point de part? Il est vrai que certains idéologues lui ont fait, pour cette raison même, jouer le pire des rôles et cela bien avant 1933. Freud pouvait le savoir. Faut-il alors admettre que, s’interdisant d’avoir accès à la linguistique par les voies de la grammaire comparée indo-européenne, il s’interdisait du même coup toute la linguistique, qu’elle s’occupât ou non de la grammaire comparée? Faut-il mettre en cause le fait que la grammaire comparée est une science allemande, mais très peu une science autrichienne? Quoi qu’il en soit, le fait est là: pour la psychanalyse freudienne de langue allemande, le langage importe constamment et l’idéal de la science est pris pour visée, mais la linguistique comme science du langage n’existe pas.

Cette situation ne s’est pas grandement modifiée dans le mouvement psychanalytique international, depuis que la psychanalyse anglo-saxonne en a pris la tête. On peut certes citer un grand nombre d’études cliniques où les phénomènes de langage sont tenus pour pertinents (les travaux de Robert Fliess méritent à cet égard une mention spéciale), mais ils manifestent en général une profonde ignorance de la problématique de la science linguistique.

Dans la psychanalyse de langue française, un rôle particulier a été joué par Édouard Pichon, membre fondateur de la Société française de psychanalyse et auteur, avec le grammairien Jacques Damourette, du monumental Des mots à la pensée ; pour grands que soient les mérites de cette œuvre, on peut cependant y déceler une étrange interprétation de l’inconscient freudien, utilisé à penser le «sentiment linguistique», y compris dans sa version nationale (on sait qu’Édouard Pichon était maurrassien). La mise en relation de la psychanalyse et de la science du langage est de ce fait plutôt manquée. Une exception cependant: le traitement de la négation en français, qui recourt à une notion mieux contrôlée de l’inconscient et qui n’est pas sans valeur en ce qui concerne la langue même (Des mots à la pensée , t. VI, chap. IV et V).

Lacan et la linguistique

Il ne s’agit pas ici de ce qui a été décrit plus haut comme rapport encyclopédique. Certes, il existe; il arrive souvent que, pour décrire ou interpréter des données de langue, Jacques Lacan s’appuie sur les informations que fournit la science du langage – tout comme il s’appuie sur quelque science que ce soit: la physique, la zoologie, l’anthropologie, etc., pour éclairer ce qui relève de leur compétence particulière. Mais, s’il est vrai qu’à cet égard Lacan et ses élèves se montrent plus attentifs que Freud aux formes modernes de la science du langage, il faut ajouter aussi qu’ils prennent leur bien où ils le trouvent: la tradition grammaticale, la philologie classique, la description de Damourette et Pichon, tout cela sert autant et aussi souvent que Jakobson. On peut même aller plus loin: si l’on s’en tient au rapport encyclopédique, il faut plutôt marquer l’impossibilité radicale où se trouve la science linguistique de répondre entièrement aux besoins de la psychanalyse.

L’insuffisance empirique de la linguistique

En effet, les jeux de langue (mot d’esprit, lapsus, etc.), à quoi la psychanalyse prête attention, sont certes constitués à partir du langage et de ses structures. Il n’est pas même impossible que la linguistique avance à leur sujet quelques propositions descriptives. Mais il est douteux que ces propositions éventuelles éclairent beaucoup la psychanalyse. Et cela, pour trois raisons: tout d’abord, ces jeux n’intéressent la psychanalyse que dans la mesure où ils marquent l’émergence d’un sujet. De là seulement naissent les effets de sens qu’ils opèrent; or la linguistique ne peut rien saisir d’une telle émergence. Deuxième raison, entée sur la première: le lapsus comme le mot d’esprit sont – directement ou indirectement – rendus possibles par des collisions homophoniques (cf. «L’Étourdit»). Or ces collisions sont contingentes; qui plus est, elles concernent la forme phonique, laquelle est elle-même largement contingente. Sans doute est-ce cette contingence redoublée qui approprie les jeux de langue à signaler l’émergence elle-même contingente d’un sujet. Mais, du même coup, la science linguistique n’a rien à en dire de spécifique.

Troisième raison: la linguistique aborde la question du langage d’un point de vue empirique. Elle ne peut donc manquer de poser la question du langage comme perceptible. Sans doute est-elle toujours obligée de conclure que le langage n’est pas intégralement perceptible. En particulier, elle doit faire place à une grandeur qui échappe à la perception: elle la conçoit généralement comme signification . Autrement dit, pour penser la relation qu’entretiennent, dans le langage comme objet perceptible, le perceptible et l’au-delà de la perception, la linguistique recourt au concept de signe . Or la psychanalyse entretient un tout autre rapport à la question du perceptible; en particulier, les concepts de signe et de signification, dans leur définition courante, ne lui conviennent pas. Jacques Lacan a thématisé cette ligne de partage, en usant du terme sens , pour déterminer ce qui seul importe à la psychanalyse et se manifeste comme «évanouissement des significations» («L’Étourdit»). Lacan peut donc avancer en même temps que «le langage est la condition de l’inconscient» («L’Étourdit», p. 45) et que «la linguistique [...] pour l’analyse ne fraye rien» («L’Étourdit», p. 46). Qui plus est, le rapport s’inverse: pour peu qu’elle rencontre des données où équivoques, homophonies, homosémies sont pertinentes, c’est la linguistique qui doit user de procédures empruntées à l’analyse freudienne. Un domaine d’élection pour de telles importations: la poétique. Ici encore les travaux de Jakobson doivent être cités; armé qu’il est de son savoir de linguiste, il n’hésite pas à recourir, quand il s’agit d’analyser un poème, aux techniques développées par Freud pour l’analyse du lapsus, du mot d’esprit ou de l’oubli du mot (cf. notamment l’analyse de l’oubli du nom Signorelli , dans la Psychopathologie de la vie quotidienne ). Il est vrai que Jakobson avait un prédécesseur et un modèle: Saussure, confronté à l’ancienne poésie latine, avait cru y reconnaître des anagrammes; illusoire, s’il s’agit d’une hypothèse historique, la découverte s’éclaire d’un jour nouveau si on la rapproche du déplacement et de la condensation sinon du refoulement – qu’au reste Saussure ne connaissait vraisemblablement pas (cf. Jean Starobinski, Les Mots sous les mots , Gallimard, Paris, 1971).

Le rôle théorique décisif de la linguistique structurale

Mais cela n’affecte pas l’importance décisive que prend par ailleurs la possibilité de la science linguistique. Car cette importance n’est pas liée à des résultats empiriques, mais à des décisions théoriques. À cet égard, une seule forme de linguistique a véritablement importé: la linguistique structurale, représentée par la tradition saussurienne et singulièrement par Roman Jakobson. Il ne s’agit pas seulement de l’amitié personnelle qui liait Jakobson à Lacan, ni même de la conjoncture historique des années 1960, où se développe ce qu’on appelait le structuralisme. L’enjeu est plus décisif. Il concerne le partage entre deux conceptions de l’inconscient. On pourrait reprendre sur ce point l’opposition qui a longtemps divisé la théorie physique de la lumière: l’inconscient se laisse-t-il penser de manière corpusculaire et mécanique ou doit-il se penser de manière ondulatoire et dynamique?

La seconde position est constamment récurrente et a été reprise notamment par Gilles Deleuze et Félix Guattari sous le nom de théorie des flux. À l’inverse, la nouveauté de la doctrine freudienne, constamment maintenue et accentuée par Jacques Lacan, promeut une conception corpusculaire de l’inconscient. Mais une question nouvelle se pose alors: le corpuscule dont il s’agit dans l’inconscient doit-il être pensé sur le modèle de tels ou tels corpuscules dont on peut reconnaître l’existence dans la nature? Freud semble l’avoir longtemps cru. En particulier, il avait cherché du côté du neurone et de son quantum de charge le modèle d’une théorie scientifique de la psychologie (cf. Entwurf einer Psychologie et le chap. VII de L’Interprétation des rêves ). Aux yeux de Lacan, cette entreprise a échoué; de Freud, il faut certes retenir le parti exclusivement corpusculaire, mais il faut proposer des corpuscules un autre modèle d’intelligibilité. C’est que, depuis Freud, quelque chose s’est produit, à savoir la naissance d’une linguistique scientifique, qui parvient à décrire les langues en se fondant seulement sur une théorie de la distinctivité. Dans cette théorie, on ne dit plus qu’en français /b / est sonore et que, pour cette raison, il est distinct de /p /; on dit à l’inverse que /b / est distinct de /p / et que, pour cette raison seulement, il peut être dit sonore. En bref, on pose qu’il existe une différence pure qui précède les propriétés. La conséquence décisive peut être exprimée ainsi: avant Saussure, ce sont les propriétés qui fondent les différences (et les ressemblances); après Saussure, c’est la différence qui fonde les propriétés et il n’y pas de statut possible pour la ressemblance. Or cette théorie de la distinctivité peut être généralisée en une théorie des corpuscules, qui ne devra rien à la substance physique.

Telle est la doctrine du Rapport de Rome. En s’appuyant sur la linguistique structurale (présentée comme une véritable révolution de la pensée scientifique), on peut énoncer les caractères de tout corpuscule non physique, qu’il articule la langue au sens strict, ou qu’il articule un processus inconscient ; on considérera désormais que ce corpuscule est une entité négative, oppositive et relative. En bref, Lacan, comme Freud, ordonne la théorie de l’inconscient à l’instance de l’Un, mais, à la différence de Freud, il dispose avec la linguistique structurale d’une méthodologie nouvelle de construction de cette instance. Qui plus est, la linguistique ne se borne pas à constituer théoriquement et empiriquement un tel Un; elle permet aussi de construire une mécanique des corpuscules, aussi précise et aussi rigoureuse dans son ordre que la mécanique physique. Saussure avait établi que les corpuscules linguistiques entraient dans deux types de relations: le syntagme (les corpuscules linguistiques contrastent les uns avec les autres dans une chaîne de positions successives) et le paradigme (les corpuscules s’opposent les uns aux autres et s’excluent mutuellement dans une position donnée). Jakobson a généralisé la doctrine en établissant que de la relation de syntagme dépendait un ensemble de phénomènes regroupés sous le chef de la métonymie et que de la relation de paradigme dépendait un ensemble de phénomènes regroupés sous le chef de la métaphore. On dispose ainsi d’une théorie générale des types de relation possibles qui s’établissent entre corpuscules non physiques – théorie dont Jacques Lacan construit une représentation formalisée («L’Instance de la lettre dans l’inconscient ou la raison depuis Freud»).

En bref, dans cette théorie corpusculaire généralisée, les relations entre corpuscules non physiques s’appellent métaphore et métonymie et il ne saurait y avoir d’autres relations que celles-là; la causalité étant une relation, elle ne peut être pensée, entre corpuscules non physiques, que comme l’une ou l’autre de ces deux relations; d’où la théorie lacanienne de la causalité métonymique. Ainsi se construit une forme nouvelle de causalité, qu’on peut nommer de manière générale une causalité structurale et qui échappe à la fois à la causalité mécaniste du choc (seule forme de causalité reconnue dans L’Interprétation des rêves ) et à la causalité globale de la thermodynamique. Ici encore, la science linguistique, dans sa version structuraliste, permet d’établir la légitimité et la fécondité d’un concept nouveau. À condition du moins d’aller au-delà de ce qu’elle énonce explicitement, pour en développer la potentialité: à cet égard, la position de Jacques Lacan ne consiste pas à s’inspirer de la linguistique structurale; elle consiste plutôt à prendre au sérieux le dessein scientifique de cette dernière et à le soumettre à l’exigence maximale de littéralisation, qui aux yeux de Lacan définit la science moderne. En fait, s’il est vrai que la linguistique structurale a opéré une révolution de la pensée scientifique, cette révolution ne peut se percevoir que si l’on ne s’en tient pas aux présentations proposées par les linguistes eux-mêmes.

Le concept de signifiant

Dans une formule devenue célèbre, Lacan a soutenu que l’inconscient était structuré comme un langage. Pour pouvoir dire cela, il faut supposer qu’on dispose d’une définition générale et non vide de ce qu’est ou n’est pas un langage. Un langage, dira-t-on alors, est un ensemble où (i ) la métaphore et la métonymie sont possibles comme lois de composition interne et (ii ) où seules la métaphore et la métonymie sont possibles. La notion de langage se révèle donc être un cas particulier d’une notion plus générale. La question se pose: comment nommer cette notion plus générale?

On connaît la solution des structuralistes: la notion générale se définit comme structure. Lacan n’a jamais admis cette solution, qui a le défaut de mettre l’accent sur les totalités (en ce sens, Lacan est certainement un antistructuraliste convaincu); le nom qu’il a proposé pour désigner le mode d’existence spécifique de ce qui a les propriétés d’un langage (sans relever nécessairement du langage) met l’accent non sur la totalité, mais sur l’élément: c’est le signifiant .

Est donc signifiant ce qui n’a d’existence et de propriétés que par opposition, relation et négation. D’où la proposition: «le signifiant représente le sujet pour un autre signifiant»; la définition stricte du signifiant y repose sur l’expression «représenter pour», sténogramme d’une existence oppositive, relative et négative. Le terme signifiant vient évidemment de Saussure, mais non sans une profonde modification: sont abandonnés l’horizon du signe et du même coup l’opposition actif/passif qui modelait le couple signifiant/signifié. Comme le signale son nom même, le signifiant est essentiellement action.

Évolution du modèle

Dans le dispositif mis en place à partir du rapport de Rome, la position de la linguistique est donc claire: elle permet et justifie une théorie nouvelle de l’Un et de la causalité. Or ce dispositif n’a pu se maintenir. Pour une raison notamment: la linguistique elle-même a changé. Elle est demeurée corpusculaire, mais elle ne propose plus une doctrine originale du corpuscule. L’élément linguistique désormais existe comme un être positif ordinaire, et non pas comme un paquet de relations oppositives. On retrouve la configuration classique: les propriétés précèdent la distinction; il n’est plus vrai que, dans la langue, il n’y ait que des différences. D’un point de vue historique, ce changement de modèle a été marqué par Chomsky.

Du coup, la linguistique ne peut plus garantir la doctrine corpusculaire de l’inconscient, laquelle doit se développer de manière autonome et trouver en elle-même ses propres fondements. Cela justifie la nécessité d’une logique du signifiant, qui s’est autonomisée à partir de 1967, c’est-à-dire au moment même où la linguistique cessait d’être entièrement saussurienne. Ce mouvement trouve son accomplissement dans le séminaire Encore , où Lacan propose les éléments d’une doctrine entièrement autonome du signifiant, c’est-à-dire une théorie de la différence comme telle, antérieure à toute propriété. À cette occasion, la science linguistique est encore évoquée, mais pour établir que, légitime dans son ordre, elle ne saurait plus légitimer quoi que ce soit de la doctrine du signifiant. Par le même mouvement, on comprend que, une fois constituée sur ses fondements propres la notion de signifiant a justement pour effet de ne pas saisir ce qui, dans le langage, le distingue éventuellement du signifiant en général. La question se pose alors: est-il possible, est-il légitime de penser la différence du langage au signifiant? Dans le même séminaire Encore , le concept de lalangue est justement destiné à penser ce qui fait que le langage (incarné dans chaque langue singulière) n’est pas épuisé par le signifiant (ensemble des propriétés minimales d’un langage).

3. La science du langage modifiée par la psychanalyse?

Étant établi que la psychanalyse est possible, et étant établi que les données de langues sont en intersection avec les données de la psychanalyse, peut-on apprendre quelque chose de nouveau touchant le fonctionnement du langage, en partant des données de la psychanalyse? Dans ce cas, la psychanalyse ne dépend pas de la linguistique. C’est bien plutôt la linguistique qui pourrait éventuellement avoir à tenir compte des données mises au jour par la psychanalyse. Ce mouvement serait analogue à celui par lequel Freud ne se borne pas à chercher des confirmations indépendantes dans les données de l’anthropologie ou de l’histoire des religions, mais propose des hypothèses originales dans ces domaines.

En ce qui concerne le langage, les tentatives intéressantes ne sont pas fort nombreuses. Elles concernent essentiellement deux thèmes. D’une part, le grand phonéticien Fonagy – fortement influencé par Sándor Ferenczi – a tenté d’articuler la théorie freudienne des pulsions et la théorie linguistique de la forme phonique (cf. notamment «Les Bases pulsionnelles de la phonation», in La Vive Voix ). On peut citer avant lui Edward Sapir (cf. notamment «A Study in phonetic symbolism», article de 1929 repris dans Selected Writings , University of California Press, 1963), dont la relation à la psychanalyse est certaine, mais moins précise et explicite. D’autre part, certains psychanalystes ont été amenés à examiner l’ontogenèse du langage; mis à part Freud lui-même (observation du Fort-Da dans «Au-delà du principe de plaisir»), il faut citer surtout René Spitz.

Le problème est que les relations d’«importation» ne fonctionnent jamais aisément. Quels que soient les mérites des travaux cités, il faut avouer que, entre données touchant le langage et données touchant les processus inconscients, la relation demeure conjecturale.

En tout cas, un malentendu doit être dissipé: il est vrai que les processus linguistiques échappent largement à la conscience du sujet parlant, mais, pour décrire ce statut «non conscient», il n’est ni nécessaire ni souhaitable de recourir au concept freudien d’inconscient. En particulier, on peut définir la tâche de la science du langage: rendre explicites les procédures que le sujet parlant met en œuvre sans en avoir conscience. Or cette explicitation ne prend pas la forme d’une interprétation, elle n’a pas à prendre en compte des refoulements, des résistances, des transferts, etc. En bref, il n’y a pas d’inconscient linguistique, si du moins l’on prend «inconscient» et «linguistique» en un sens précis.

4. Relation épistémologique entre science du langage et psychanalyse

La psychanalyse, prise dans sa forme essentielle, met en cause la constitution historique et logique de la science moderne. Plus exactement, elle se propose de construire la science d’un objet apparemment si exorbitant à ce que la science moderne peut traiter qu’elle doit pousser cette dernière à ses limites extrêmes – sinon hors de ses limites. De ce fait même, elle transforme en problème ce qui pour l’ensemble des sciences était une solution: l’idéal de la science. Elle convoque donc tous les discours qui s’autorisent de cet idéal à s’interroger sur sa validité. La linguistique, en tant qu’elle se veut une science, se trouve donc concernée. Mais, dans son cas, la convocation générale se redouble d’une convocation particulière.

On sait en effet que la psychanalyse passe par l’exercice de la parole ; on sait aussi que la linguistique exclut de son objet les marques de l’émergence subjective, c’est-à-dire justement cet ensemble qu’on résume depuis Saussure sous le nom de parole. Il n’en reste pas moins que les données qu’elle traite se présentent à elle en dernière instance comme des propos tenus par des sujets. En bref, la parole constitue la matière de ce qu’elle manipule; les données que rencontre le linguiste et les données que rencontre l’analyste ont dès lors la même substance.

Que le linguiste doive, dans ces données, opérer un filtrage pour sauvegarder les exigences de régularité, de répétabilité, de reproductibilité sans quoi aucune science n’est possible, cela est certain; que le linguiste puisse opérer ce filtrage sans déformation excessive de son propre objet, c’est une question qu’il ne peut manquer de se poser. Il doit d’autant plus se la poser qu’il n’est linguiste que dans la mesure exacte où il est lui-même un sujet parlant. Dans certains cas – notamment, quand il étudie sa propre langue –, le retour sur soi lui est ainsi constamment imposé; mais, de toute manière, à supposer même qu’il étudie une langue qui ne soit pas la sienne, il ne peut l’étudier sans la faire sienne, si peu que ce soit. Il s’établit donc toujours une coïncidence entre l’observateur et l’observé; cela ne manque pas de créer une structure paradoxale. La linguistique a à supporter ce paradoxe; or la psychanalyse rencontre un paradoxe apparenté, seul un être affecté d’un inconscient pouvant être analyste. Mais, à la différence de la linguistique, elle ne se borne pas à le subir: elle le traite empiriquement et théoriquement. Reste à établir si la science linguistique peut entendre, sur ce point, le discours analytique.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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